Un forum pour la paix digitale
L’événement, organisé les 15 et 16 mai, a réuni près de 150 personnes : représentants du gouvernement, acteurs de la société civile, jeunes entrepreneurs, leaders communautaires et partenaires internationaux. Tous sont venus débattre de la façon de faire du digital un moteur de cohésion sociale et non un facteur de division.
Les échanges ont porté sur :
- l’analyse des cybermenaces et désinformations pouvant alimenter les conflits pastoraux,
- la prévention rapide des attaques informatiques sur les infrastructures critiques,
- la mise en place d’outils de médiation digitale pour apaiser les disputes foncières.
Inégalités d’accès sur le terrain
Dans les quartiers populaires de Niamey et dans les zones rurales, l’accès à Internet reste un défi permanent. Les témoignages ont mis en lumière :
- l’absence de connexion fiable empêchant l’envoi de messages urgents ou l’accès aux services mobiles ;
- le coût élevé du data, hors de portée pour de nombreuses familles ;
- la quasi-absence de formation numérique pour les femmes, renforçant le fossé de genre.
« À Kollo, on doit parcourir plus de dix kilomètres pour atteindre le seul point Wi-Fi du village », confie Mariam, commerçante, « sans ça, mes enfants ne peuvent ni faire leurs devoirs en ligne ni suivre les prévisions météo pour le bétail ».
Ces réalités ont poussé les participants à formuler des solutions ancrées dans le vécu local.
Engagements des autorités
À l’issue du forum, plusieurs mesures ont été annoncées :
- Création d’un comité national de lutte contre les cybermenaces, piloté par le ministère de la Communication, avec un budget alloué dès juin 2025.
- Installation de nouveaux points d’accès communautaires dans cinq régions pastorales, équipés de bornes partagées et alimentés à l’énergie solaire.
- Lancement de campagnes de sensibilisation dans les marchés et écoles rurales pour former 10 000 personnes aux bonnes pratiques en ligne.
Le conseiller technique du ministère a souligné : « Ces initiatives visent à rapprocher les citoyens des services numériques et à garantir que personne ne soit laissé de côté ».
Chiffres clés
- 150 participants de 6 régions concernées (Niamey, Dosso, Tahoua, Tillabéri, Maradi, Diffa).
- 2 jours de débats, ateliers et panels interactifs.
- 3 axes majeurs : cybermenaces, inclusion digitale, cohésion sociale.
- 5 points Wi-Fi nouveaux prévus dans les zones pastorales.
Impact local pour les familles
Pour les habitants, ces décisions signifient :
- un accès facilité aux services de santé en ligne : prise de rendez-vous et conseils médicaux à distance ;
- une meilleure diffusion des alertes météo, cruciale pour les éleveurs nomades ;
- des opportunités de formation numérique pour les jeunes diplômés, leur ouvrant des pistes d’emploi à distance.
Dans le quartier de Sabon Gari, Aïssata, mère de trois enfants, se réjouit : « Dès que le Wi-Fi sera là, mes filles pourront faire leurs cours en ligne et je pourrai chercher des infos sur la santé des tout-petits sans faire vingt kilomètres ».
Perspectives et défis
Les promesses sont solides, mais la réussite dépendra de la mise en œuvre et de la suivi-évaluation sur le terrain :
- garantir la pérennité des infrastructures face aux pannes et aux coupures d’électricité ;
- former en continu les médiateurs digitaux pour désamorcer rapidement les conflits locaux ;
- mobiliser les collectivités pour l’entretien des équipements et le partage équitable de la connexion.
Les jeunes porteurs de projets, réunis à l’atelier « start-ups locales », ont déjà esquissé des prototypes d’applications mobiles pour connecter éleveurs et marchands, ou pour signaler en temps réel les incidents sécuritaires.
« Le numérique ne fera pas tout, mais c’est un outil précieux », résume un facilitateur venu de Maradi, « à nous de l’utiliser pour bâtir une paix qui dure ».
Au cœur de Niamey comme dans les villages, ce forum marque une étape : passer des paroles aux actions concrètes, pour que chaque Nigerien, du chauffeur de taxi à l’enseignant rural, puisse bénéficier d’une inclusion digitale véritable et renforcer le vivre-ensemble au quotidien.
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